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Bovins lait - 25-01-2018 - Frédéric Gérard

Ils se rappellent l’arrivée du premier robot de traite en Mayenne

Elevage

En mars 1995, le premier robot de traite arrive dans un élevage mayennais. Loin d’impressionner, la machine suscite d’abord étonnement et scepticisme. Les curieux se feront toutefois de plus en plus nombreux. Des conseillers de ces éleveurs mayennais se rappellent l’arrivée de cette “révolution”.

Ce premier robot de traite installé chez le couple  Liberge est aujourd’hui une pièce de musée, exposé au magasin DB Elevage d’Aron.

Ce premier robot de traite installé chez le couple Liberge est aujourd’hui une pièce de musée, exposé au magasin DB Elevage d’Aron.


En 1995, le premier robot de traite est installé en Mayenne. L’histoire retiendra qu’il s’agit du premier de France — en fait, le tout premier avait été mis en place dans la Somme, mais l’expérience n’avait pas été concluante. Pour le groupe Lely, celui de Saint-Pierre-sur-Orthe est le 20e robot vendu en Europe. Dans le domaine de la traite, la marque en est encore à ses balbutiements (1).

A L’Avenir agricole, Marcel Liberge explique : “C’est ma femme qui assure la traite. Et quand on arrive à un certain âge… On veut aussi pouvoir garder l’exploitation quelques années de plus.” L’exploitation compte déjà 80 hectares et 60 vaches (environ 450 000 litres).

“Un dernier challenge”

Dès 1993, Jeanne et Marcel apprennent que des robots de traite sont en cours de mise au point. Plutôt en fin de carrière, mais “toujours intéressés par l’innovation”, les éleveurs se renseignent. “Cela ressemblait à un dernier challenge, se remémore Jacky Brault, qui était leur fournisseur d’aliments. C’était des éleveurs qui avaient très bien réussi leur carrière, notamment dans le commerce de pommes de terre… Le coût du robot n’était pas un obstacle.” Jeanne Liberge appelle alors le centre Lely d’Alençon (2). En juin 1994, l’entreprise les emmène aux Pays-Bas, visiter trois exploitations robotisées, puis deux autres en septembre suivant… L’affaire est conclue.
Quelques mois avant l’installation de la machine, Marcel Liberge annonce à Jacky Brault qu’il a acheté un robot. “A ce moment-là, on écarquille les yeux quand on vous dit ça !” Lorsque le technico-commercial rapporte l’information auprès de ses collègues, chez Guyomarc’h (désormais Evialis), l’accueil est mitigé. “On m’a dit que cela allait se casser la figure, et de faire attention aux impayés, se souvient-il. Mais on était aussi quelques-uns à croire dans la machine.” Si bien que la société signe une sorte de contrat de sponsoring avec les éleveurs : “En contrepartie de la fourniture d’aliment sur trois ans, on exploitait un peu l’image de ces éleveurs auprès de clients. Sur le robot, on avait même accroché une petite plaque Guyomarc’h.”

“Une révolution”

A Saint-Pierre-sur-Orthe, l’arrivée du robot fait causer. A dire vrai, il suscite plus de scepticisme qu’autre chose. “Ce n’était pas encore dans les mœurs, rappelle Michel Picquet, alors contrôleur laitier sur le secteur. Culturellement, le fait de ne pas brancher les vaches par la main de l’homme, c’était une révolution. Jeunes comme plus âgés ne pouvaient concevoir qu’une machine allait intervenir toute seule sur l’animal… Et personne n’avait jamais vu fonctionner un robot.”

Peut-être y avait-il aussi des craintes, quant aux risques de remplacement des éleveurs par des robots, comme dans l’industrie, ou à l’inéluctable agrandissement des exploitations.

La curiosité l’emporte toujours. Les éleveurs voisins, ou plus lointains, visitent ces collègues en pointe sur la technologie de traite. “La porte était toujours ouverte, raconte Jacky Brault. Le couple Liberge était très disponible et a rapidement joué le jeu pour expliquer ce changement.” Bien au-delà des communes mayennaises et sarthoises, l’élevage va devenir une petite attraction à la fin des années quatre-vingt-dix. Entre collines et haies bocagères, le discret village de Saint-Pierre (540 habitants à l’époque) devient vite un lieu touristique. “Des cars entiers venaient jusqu’à la ferme pour voir ce robot. Madame Liberge, qui avait un certain sens du commerce, faisait payer l’entrée 10 francs.” Le couple louait aussi un gîte, à côté de la ferme : “Même les gens qui n’étaient pas issus du milieu agricole voulaient voir ce robot”, précise Jacky Brault.

Ces premiers Astronaut ont déjà certaines capacités : 200 traites par jour, repérage des trayons par faisceau laser, décrochage quartier par quartier, détection des chaleurs grâce aux colliers électroniques portées par les vaches (mesure de la conductivité), augmentation de la production de 8 à 15 % (selon les interlocuteurs) par l’augmentation du nombre de traites.

Dix contrôleurs laitiers se relaient toutes les quatre heures

Petit défaut : “Les cartes (informatique) grillaient régulièrement”, se rappelle Jacky Brault. Autre limite, la pesée mensuelle. “La première année, raconte le conseiller en élevage Michel Picquet, on se relayait toutes les quatre heures, à six contrôleurs. Il fallait récupérer le lait de chaque traite, dans une éprouvette.” L’année suivante, Lely a amélioré ce paramètre : un outil de prélèvement automatique est mis au point, et loué au contrôle laitier.
Toujours en activité en 2002, Jeanne Liberge, veuve et âgée de 72 ans, est contrainte d’arrêter pour raisons de santé. L’exploitation part à l’agrandissement. Le robot, “usé”, est démonté. De toute façon, observe-t-on au Lély center d’Aron, “pour le refaire fonctionner ailleurs, il aurait fallu retrouver l‘électricien de l’époque… Cela restait au stade de prototype”. Ce premier Astronaut est toujours visible, au magasin d’Aron : les associés Dardenne et Bretonnière l’achèteront comme pièce de musée.

Le robot de “La Touche” à Saint-Pierre-sur-Orthe restera longtemps un cas unique. Le développement des ventes ne commencera réellement qu’au cours des années 2000. Sur la zone Clasel (Mayenne-Sarthe), on compte aujourd’hui 400 robots, et 340 sur le périmètre commercial DB Elevage (une zone à cheval sur la Mayenne, la Sarthe et l’Orne).

Frédéric Gérard

(1) Jusqu’ici connue et reconnue pour ses matériels de fenaison, la marque hollandaise a cru au développement des robots en équipement d’élevage, et s’y est investie à partir de 1992. Vingt-cinq ans plus tard, Lely est l’un des leaders du marché et a cédé sa branche récolte en mars dernier.
(2) Lely Center, le siège social de la filiale française était basé à Alençon, avant le déménagement à Bain-de-Bretagne en 2000.
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